Pharmacie / Hygiène

Infectiologie et prévention du risque infectieux : les attentes des professionnels en EHPAD


Publié le Jeudi 3 Novembre 2022 à 09:18

Suite à la crise sanitaire, le groupe de travail en infectio-gériatrie GinGer a mené une étude sur les attentes, en matière de prévention et de contrôle des infections (PCI) et de bon usage des antibiotiques (BUA), des médecins et des IDEC intervenant dans les établissements médico-sociaux. Les résultats préliminaires – qui doivent encore être consolidés – ont été dévoilés à l’occasion de la première journée nationale de prévention du risque infectieux en structure médico-sociale, organisée le 11 octobre dernier à Paris.


Intergroupe de la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF) et de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG), GinGer a été créé en 2008 et participe régulièrement à la coordination de travaux autour des infections touchant les sujets âgés, tous secteurs et structures confondus. S’intéressant notamment au monde des EHPAD, ses membres, gériatres comme infectiologues se sont ainsi fortement mobilisés au plus fort de la crise sanitaire, créant par exemple des hotlines dédiées aux professionnels exerçant au sein de ces établissements.

« Pour pérenniser ces actions et améliorer sa connaissance des EHPAD, GinGer a lancé une enquête pilote visant à estimer les besoins en infectiologie des professionnels médicaux et soignants », a expliqué le Dr Nathalie Weil, praticien hygiéniste au CH de Valence, lors de la journée nationale de prévention du risque infectieux en structure médico-sociale (voir encadré). Ce recueil, qui a eu lieu entre novembre 2021 et janvier 2022, s’est appuyé sur un questionnaire adressé à plusieurs médecins intervenant en EHPAD. De premières conclusions ont pu en être tirées, notamment en ce qui concerne un besoin d’avis thérapeutiques ciblés, en lien avec des préoccupations fortes sur les champs de la consommation d'antibiotiques et des bactéries multirésistantes (BMR).
 

Une nouvelle enquête

Forts de ce constat, les membres de GinGer ont créé un groupe EHPAD chargé entre autres de mener une étude plus approfondie pour établir un état des lieux des collaborations entre les infectiologues, hygiénistes et gériatres d’une part, et les médecins coordonnateurs, prescripteurs et Infirmiers Diplômés d’État Coordonnateurs (IDEC) des EHPAD de l’autre. Leur objectif ? Définir les besoins des équipes de coordination en matière de PCI et BUA.

Pour cette nouvelle enquête, un questionnaire en ligne a permis de recueillir près de 600 réponses un peu partout en France. « Les répondants exercent, pour les trois quarts, dans des structures non rattachées à un établissement hospitalier », a décrit le Dr Weil en précisant qu’environ « la moitié des répondants (46,9 %) travaille dans des structures publiques, un quart (26,7 %) dans le privé et un quart (25,6 %) dans l’associatif ». Sur le plan des métiers, les répondants sont principalement des IDEC (54,4 %), suivis des médecins coordonnateurs (36,8 %) et des médecins traitants (8,8 %).
 

Les attentes des professionnels

Interrogés sur les moyens et expertises qui leur sont accessibles, ces professionnels de la santé sont 60 % à disposer d’une hotline en hygiène, 55,2 % d’une hotline en gériatrie et 34,6 % d’une hotline en infectiologie. « Les chiffres pour l’infectiologie et l’hygiène sont largement supérieurs dans les EHPAD reliés à un centre hospitalier », a constaté Nathalie Weil, en notant en outre que la disponibilité de Pharmacies à Usage Interne (PUI) et la présence d’IDE la nuit étaient aussi « plus fortes » dans ces structures.

Également questionnés sur leurs attentes en matière d’avis spécialisé en infectiologie, les répondants médicaux ont mis en avant les problématiques en lien avec les BMR et les Bactéries Hautement Résistances émergentes (BHRe), puis les plaies chroniques, le matériel prothétique et les infections urinaires récidivantes. Pour ce qui est de leurs besoins d’accompagnement dans des situations précises, les médecins ont priorisé le transfert d’un patient ou d’un résident vers l’hôpital, avant d’évoquer l’aide à la gestion d’une situation épidémique et la réévaluation de l’antibiothérapie au long court. Cette même question a recueilli des réponses différentes auprès des IDEC, qui ont placé en tête l’aide à la gestion d’épidémies, puis l’aide à la prise en charge d’un résident porteur de BMR ou BHRe et enfin la formation de professionnels. « Il est à noter que la formation représente le deuxième motif d’appel aux Équipes Mobiles d’Hygiène (EMH) de la part des IDEC, et que ceux-ci sollicitent généralement plus souvent les EMH par rapport aux correspondants médicaux », a indiqué Nathalie Weil en présentant ces premiers résultats.
 

« S’appuyer sur l’expérience des EMH » pour construire les EMA

Car si le recueil et l’enregistrement des réponses sont désormais clos, l’étude n’en est pas pour autant terminée : les membres de GinGer s’attachent aujourd’hui à finaliser la phase analytique, à partir de laquelle ils peuvent néanmoins tirer des conclusions préliminaires, notamment en ce qui concerne « une forte demande et implication » de la part des IDEC. « Nous pouvons déjà constater que les hotlines et les équipes mobiles d’hygiène sont sollicitées lorsqu’elles existent et sont connues », a ajouté la médecin hygiéniste en notant que « le delta » de ces deux enquêtes reflétait « la non-imprégnation des EHPAD en infectiologie » et « le besoin de s'adapter au contexte de ces établissements ». Pour relever ce double enjeu, la création d’Équipes Multidisciplinaires en Antibiothérapie (EMA) pourrait constituer un atout indéniable (voir encadré). Et, afin d’accompagner leur mise en place et adapter leurs missions aux attentes sur le terrain, « s’appuyer sur l’expérience des EMH ferait sens », a conclu Nathalie Weil.

Article publié dans le numéro d'octobre d'Ehpadia à consulter ici
 

Une journée nationale consacrée à la prévention du risque infectieux en structure médico-sociale

Organisée sous l’égide de la mission Surveillance et Prévention de la Résistance aux antibiotiques et des Infections associées aux soins en soins de ville et secteur médico-social (PRIMO), la première journée nationale de prévention du risque infectieux en structure médico-sociale s’est tenue le mardi 11 octobre à Paris. « La genèse de cette journée a été initiée il y a plus d’un an, quand en 2020 et 2021, nous nous sommes aperçus que la prise en charge de l’épidémie de Covid-19 dans les EHPAD était très complexe et même parfois douloureuse », a déclaré à l’ouverture des échanges le Dr Loïc Simon, responsable du CPias Grand Est, co-organisateur et animateur de cette rencontre dite JNEMH (Journée nationale des Équipes Mobiles en Hygiène).

Car les EMH étaient bien au centre de toutes les prises de parole, les différents intervenants faisant tour à tour part de leurs connaissances et expériences. Professionnels du soin et de l’hygiène hospitalière comme représentants des services publics et des tutelles ont tous salué le travail « extrêmement utile » de ces équipes. Néanmoins, « la situation est hétérogène […], l’état d’avancement diffère en fonction des régions », a souligné Loïc Simon en souhaitant qu’à l’avenir, « ces équipes se développent, parfois même en co-construction avec les Équipes Multidisciplinaires en Antibiothérapie (EMA), pour que tous avancent ensemble sur la prévention et le contrôle du risque infectieux ainsi que sur le bon usage des antibiotiques ».

 - L’intégralité des échanges de cette journée nationale est disponible sur la chaîne YouTube de la mission nationale Primo.
 


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